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Des avis partagés autour de la question de la vente de médicaments hors pharmacie

par Mutuelle.fr

Des avis partagés autour de la question de la vente de médicaments hors pharmacie

Marisol Touraine, ministre de la Santé, s’est exprimée mercredi 10 septembre dernier sur le sujet, déjà bien entamé depuis des mois, de la vente de médicaments hors pharmacie. Un franc désaccord qui augure de nombreux débats à venir.

Marisol Touraine dit non à un projet qui met à mal le monopole des pharmaciens

C’est en fait un rapport de l’IGF (Inspection Générale des Finances) qui est à l’initiative de ce projet gouvernemental. Ce rapport serait effectivement la base d’un projet visant à réformer les professions réglementées, à l’instar des pharmaciens et qui garantirait 400 millions d’euros de pouvoir d’achat rendus aux Français. Une promesse à ne pas négliger. En substance, le rapport recommande la vente de médicaments à ordonnance facultative et/ou non remboursables dans les grandes et moyennes surfaces, et ce, dans le but de supprimer le monopole des pharmaciens afin d’alléger les dépenses santé des Français.

Or, Marisol Touraine s’inquiète du danger qu’une vente de médicaments hors pharmacie pourrait constituer pour les Français : « les médicaments ont un prix fixé par la négociation avec l'Etat, avec mes services. Ce qui est important, c'est de garantir la sécurité des médicaments et faire en sorte que les Français consomment moins de médicaments. » En effet, une surconsommation et une interaction médicamenteuses sont à craindre selon la ministre. Néanmoins, la ministre de la Santé tempère son propos en expliquant que la discussion n’est pas close puisqu’elle doit encore s’entretenir avec Emmanuel Macron, ministre de l’Économie.

Le rapport de l’IGF en question

Le problème majeur du monopole des pharmacies sur le marché des médicaments selon l’IGF, c’est le prix de ceux-ci. Pour exemple, les médicaments dont la prescription est facultative comme le Spasfon ou le Doliprane ou encore les médicaments non remboursables comme Nurofen, Humex ou Fervex seraient de plus en plus chers. Ces deux types de médicaments auraient en effet subit une augmentation de 3% entre 1998 et 2011.

Dans la même logique, on apprend grâce à une enquête de l’UFC-Que Choisir que les prix des médicaments peuvent être totalement différents d’une officine à une autre : l’aspirine UPSA vitaminée pourrait en effet se trouver à 1€30 ici tout comme à 4€95 ailleurs. Cette association de consommateur a aussi mis en lumière en mars 2012 le fait que la présence des médicaments en moyennes et en grandes surfaces permettrait de réduire de 16% la facture des ménages en matière de médicaments.

L’Ordre national des Pharmaciens se défend

Un « danger pour la population », voilà ce que représente ce projet selon l’Ordre national des Pharmaciens. Rassuré néanmoins par les mots de Marisol Touraine, il a tenu à dénoncer sur son site internet le rapport édité par l’IGF en indiquant que celui-ci "est entaché par des erreurs dont le nombre et l'ampleur est édifiant" et qu'il aboutit sur une conclusion qui ne serait pas fidèle à la réalité. Effectivement, « dans les faits le prix des médicaments à prescription facultative non remboursables progresse moins vite que l'inflation » affirme l’Ordre comme pour répondre aux attaques de l’IGF. D’ailleurs, l’Ordre étaye son discours grâce à une étude menée par Celtipharm (spécialiste du recueil et du traitement de l'information dans le domaine de la santé) qui démontre que l’augmentation tarifaire prétendue des médicaments à ordonnance facultative non remboursables est exagérée voire complètement fausse. Et de conclure : « ceux qui sur la base d'une étude aberrante briseront une construction patiemment mise au point, adaptée aux réalités du pays, sécurisante pour les Français et efficace économiquement, joueront aux apprentis-sorciers. L'Ordre national des Pharmaciens défendra coûte que coûte les intérêts des Français. » Une conclusion alarmante qui nous pousse à remettre en question le travail du gouvernement vis-à-vis d’une éventuelle réforme qui pourrait profondément changer notre routine santé.

L’Autorité de la concurrence dédramatise la situation

Favorable à la libéralisation du marché des médicaments, l’Autorité de la concurrence a publié un avis qui déclare que ce marché est aussi lucratif qu’opaque. Bruno Lasserre, président de l’Autorité de la concurrence explique en effet que « l'essor de l'automédication et le développement des ventes de médicaments sur Internet imposent de faire bouger les lignes. »

Pourtant, l’Autorité de la concurrence se veut rassurante vis-à-vis du risque de voir le début d'une consommation excessive du médicament en donnant pour exemple l’Italie. En effet, malgré la présence des médicaments en moyennes et grandes surfaces, on ne remarque aucune surconsommation de la part des Italiens, mais bel et bien une chute des prix.

En outre, elle met un point d’honneur à ce que les médicaments en moyennes et grandes surfaces ne soient pas mélangés aux produits communs de consommation : « ces médicaments doivent être vendus dans un espace voué, clairement identifié, avec un encaissement distinct et sous le contrôle d'un diplômé en pharmacie », indique Bruno Lasserre.

Enfin, comme pour réduire les inquiétudes des pharmaciens, l’Autorité de la concurrence leur suggère la création de nouvelles missions comme le conseil et le suivi des patients pour certaines pathologies chroniques contre une rémunération à forfait. Elle dénonce finalement les règles publicitaires jugées obsolètes et trop restrictives dont les pharmaciens sont victimes en ajoutant : « à l'heure où la vente sur Internet des médicaments d'automédication permet de comparer facilement leur prix, il paraît absurde qu'une officine n'ait pas le droit de faire valoir ses propres promotions en dehors de l'officine. Même si elles ne vendent pas des produits comme les autres, il ne faut pas oublier que les pharmacies sont aussi des commerces. »

Qu’en est-il de nos voisins ?

Depuis plus d’un siècle, le Royaume-Uni fait figure de marginal en matière de médication, puisque c’est le seul pays européen à proposer une automédication complète hors pharmacie. Plus hésitante, l’Allemagne propose seulement les vitamines et autres compléments alimentaires en grandes surfaces. Au contraire, on peut trouver dans les parapharmacies et supermarchés italiens des médicaments sans ordonnance, sous condition d’un accord préalable avec un pharmacien. Enfin, l’Espagne, la Finlande et la Belgique partage (pour le moment) le même système que nous.

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