Fermer le menu
Menu

Vieillissement cognitif : santé et horaires décalés au travail ne font pas bon ménage

par Mutuelle.fr

Vieillissement cognitif : santé et horaires décalés au travail ne font pas bon ménage

Une étude franco-britannique a révélé la semaine dernière que le fait de travailler à horaires décalés sur une longue période pouvait accélérer le vieillissement cognitif. On pourrait croire que ce danger ne concerne que quelques cas isolés. Il semblerait pourtant qu’un Français sur trois travaille à des horaires irréguliers. 

« Le travail, c’est la santé » ?

Ce bon vieux dicton semble bel et bien faux, ou en tout cas, pour les personnes soumises à des horaires décalés.

Ce n’est pas la première fois que l’on s’interroge sur les horaires de travail et leurs impacts sur la santé. En effet, une étude datant de 2007 menée par le Centre international de recherche sur le cancer (IARC) et l’agence de l’OMS pour le cancer a permis de classer le travail aux horaires irréguliers parmi les pratiques cancérogènes. Et pour cause, ce décalage horaire aurait un effet perturbant sur le rythme biologique. Plusieurs années plus tard, en 2011, des chercheurs suédois avaient prouvé que le travail de nuit doublait le risque de sclérose en plaques chez les jeunes. Enfin, en 2012, une étude française indiquait que le risque d’avoir un cancer du sein augmentait de 30% pour une femme travaillant de nuit. En effet, ce rythme irrégulier entraîne une perturbation du rythme circadien, impactant alors sur le métabolisme et le système immunitaire. 

Vieillissement cognitif : l’attention, la mémoire et la réactivité mises à mal

Mardi dernier, la revue médicale Occupational and Environmental Medicine publiait le résultat quelque peu alarmant d'une étude franco-britannique. Plus précisément, il s’agit d’une observation menée par une équipe de chercheurs à la tête de laquelle figure Jean-Claude Marquié, chercheur du CNRS à Toulouse. Ils ont eu pour mission d’analyser sur la période de 1996 à 2006 l’état de santé de 3.232 salariés et retraités du sud de la France issus de secteurs professionnels divers. Agés de 32 à 62 ans au début de l'étude, la moitié de ces volontaires travaillait en horaires « normaux » tandis que l’autre moitié effectuait leur mission en horaires décalés et ce, pendant au moins 50 jours par an. Parmi cette seconde moitié, un cinquième d’entre eux travaillait en alternant les horaires de matin, d’après-midi et de nuit.

Après trois tests neurologiques soumis en 1996, 2001 et 2006 afin de mesurer les capacités cognitives des volontaires, il est apparu que l’échantillon de personnes travaillant sur une longue période à horaires décalés présentait un déclin cognitif (processus naturel de vieillissement pour chaque être humain) plus rapide que celui connu par les volontaires travaillant à horaires « normaux ». Ainsi, Jean-Claude Marquié explique qu’une personne de 40 ans qui travaille à horaires décalés à des performances d'une personne de 46,5 ans. Très concrètement, les horaires décalés font qu’un individu perd plus rapidement ses capacités de mémorisation de travail, épisodique, verbale mais aussi exécutives ou instrumentales comme le langage. Ainsi, le travail de nuit n’est pas le seul à poser problème puisque tout laisse à penser que le décalage horaire répété sur le corps, qui lui doit chaque semaine se réadapter à un nouveau rythme, pose un véritable problème.

Des résultats à nuancer

Néanmoins, Jean-Claude Marquié indique que ces résultats restent à être confirmés et que des études complémentaires viendront mettre en relief des paramètres encore mal ou non expliqués comme la grande variabilité des résultats en fonction des différents individus ainsi que les modifications cérébrales observées. En effet, il serait intéressant et nécessaire de vérifier si ces troubles cognitifs ne seraient pas causes de pathologies.

De même, il semblerait que la situation ne soit pas si désespérée qu’elle en a l’air puisque cette étude prouve que ce vieillissement n’est pas irréversible. Bien que l’impact sur la réactivité cérébrale perdure pendant environ cinq ans après l’arrêt d’une mission de travail aux horaires irréguliers, le docteur Michael Hastings, du laboratoire de biologie moléculaire au UK Medical Research Council explique avec enthousiasme que : « la réversibilité est une conclusion très excitante parce que personne d'autre ne l'avait démontrée et peu importe à quel point une personne est atteinte, il y a toujours un espoir de rétablissement ».

Les solutions pour pallier le risque de vieillissement cognitif

Si les effets d’un décalage horaire peuvent se réparer assez facilement, le décalage prolongé suscité par le travail peut véritablement porter préjudice. C’est pourquoi il s’agit de trouver des solutions adaptées.

Jean-Claude Marquié a proposé la mise en place d’une « surveillance médicale personnalisée » mais aussi une organisation du travail améliorée afin de privilégier les « horaires les plus favorables au sommeil ». Et de rajouter : « il vaut mieux par exemple démarrer à 6 heures du matin plutôt qu'à 4 heures ». En effet, cela permettrait de réduire le stress induit par la désynchronisation biologique du corps, se traduisant par une élévation d'une hormone appelée le cortisol, une hormone qui « a des effets toxiques sur l'hippocampe, c'est-à-dire le cerveau ».

Enfin, Marine-Anne Gautier, expert médical à l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS) indique que les entreprises « doivent notamment faire en sorte que les horaires soient compatibles avec les risques liés au poste et toujours envisager, si besoin, un retour vers des horaires classiques». De plus, elle conseille chaque travailleur vivant ce cas de figure de garder coûte que coûte du temps pour les activités physiques et sociales, pour avoir une alimentation saine mais aussi d’instaurer un rituel propre au coucher : « une tisane, une lecture reposante et le silence absolu dans une chambre plongée dans le noir favorisent l'endormissement ».

 

Des solutions qui semblent bon d’appliquer rapidement car s'il faut se souvenir d'un seul point parmi les conclusions de cette étude, c'est que le travail à horaires décalés : « peut avoir des conséquences importantes sur la sécurité non seulement pour les individus concernés, mais aussi pour la société dans son ensemble, étant donné le nombre croissant d'emplois à haut risque qui sont effectués la nuit. »

A lire également : 

 

comments powered by Disqus
Ce site utilise des cookies pour vous assurer une meilleure expérience de navigation. En continuant à naviguer, vous acceptez leur utilisation. Pour en savoir plus, cliquer ici.